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BOAD, BIDC : que risquent les banques « exposées » au Mali

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Les sanctions économiques imposées au Mali accroissent la pression sur les deux banques de développement ouest-africaines qui, par le passé, ont régulièrement accordé des crédits aux structures publiques comme privées actives dans le pays.

Bientôt un mois que les sanctions économiques de la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) envers Bamako ont été prononcées. Parmi ces sanctions: le gel des avoirs de l’État malien et des entreprises publiques et parapubliques à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) et le blocage de tous les transferts de l’État malien passant par les systèmes de paiement de la Banque centrale.

Mercredi 2 février, le ministre de l’Économie et des Finances malien a même annoncé que Bamako n’avait pas pu rembourser le montant de 2,7 milliards de F CFA (4,1 millions d’euros) d’obligations, dû le 28 janvier. Parmi les potentielles « victimes collatérales » des sanctions à l’encontre du Mali : la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et la Banque d’investissement et de développement de la Cedeao (BIDC), basées à Lomé, au Togo.

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Le Mali, un client régulier

L’agence internationale de notation Fitch Ratings lance déjà l’alerte: « Les dernières sanctions contre le Mali pourraient faire pression sur les notes de la BOAD et de la BIDC », selon un communiqué du 27 janvier. Pour l’instant, la BOAD est notée BBB avec une perspective stable, mais pour la BIDC, avec une notation B, la perspective est négative.

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Car, rappelle Fitch, « le Mali représentait 12 % du portefeuille de prêts de la BOAD fin 2021 (dont 69 % de prêts souverains) et 12 % du total des prêts de la BIDC en août 2021 (46 % de prêts souverains). Le gel des avoirs signifie que toute entité basée au Mali serait incapable de rembourser sa dette envers les créanciers étrangers, y compris la BOAD et la BIDC, tant que les dernières sanctions resteront en place. »

Avant les sanctions, le Mali était encore un client régulier des banques de développement, malgré la prise de pouvoir depuis août 2020 de la junte malienne. Le 16 décembre 2021, la BOAD communiquait sur des projets récents signés avec Bamako : « mise en valeur des plaines rizicoles de Tombouctou » pour un montant de 8 milliards de F CFA, « construction de la centrale hydroélectrique de Kourouba et son raccordement au réseau électrique de la société Énergie du Mali (EDM-SA) » pour un montant de 15 milliards deF CFA.

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Les banques ouest-africaines attendent donc avec impatience la levée des sanctions… mais pendant combien de temps ? Pour Fitch, une exposition souveraine (dette publique) est « non performante » après un retard de paiement de six mois, et une exposition non souveraine (dette privée) est « non performante » après un retard de trois mois. Et, en toute logique, la BOAD et la BIDC auront la priorité dans le remboursement des créances, une fois les sanctions levées, de part le statut du Mali de « créancier privilégié » de ces institutions de développement.

Augmentation significative des prêts non performants

Le 1er février, les autorités maliennes assuraient, dans un communiqué destiné aux « investisseurs », que « les échéances non réglées seront immédiatement payées dès la levée des restrictions ».

« Cela fait plusieurs années que le Mali fait face à une situation sécuritaire compliquée, et pourtant il n’a jamais fait défaut. Le fait que le Mali montre sa bonne volonté laisse présager que la facture finale pour des institutions comme la BOAD sera circonscrite” explique Alain Tchibozo, chef économiste à la BOAD ».

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Beaucoup de questions restent toutefois en suspens : combien de temps les sanctions dureront-elles ? Le Mali pourra-t-il rembourser ses dettes à temps, sans pénalités de retard ? « Une part importante des expositions maliennes [crédits accordés] concerne des entités non souveraines (privées) non couvertes par [le statut de créancier privilégié], pour lesquelles les pertes pourraient être élevées. L’impact économique des sanctions pourrait nuire à la capacité de ces emprunteurs non souverains d’assurer le service de leur dette, même après la levée des sanctions », avertit Fitch dans son rapport.

« Si les sanctions sont toujours en place à la mi-2022 et qu’aucun remboursement de prêt de la part d’entités basées au Mali n’était reçu, cela entraînerait une augmentation significative des prêts non performants, bien au-delà du seuil de risque « élevé » de 6 % selon les critères de Fitch », avertit l’agence de notation. Reste à savoir si ce message a été entendu à Bamako, comme à Lomé…

JA

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